Le mode faible lumière bleue d'un écran de bureau est un réglage de température de couleur. Il s'active depuis le menu intégré de l'écran. Son nom varie selon les fabricants : filtre lumière bleue, réduction de lumière bleue, mode faible lumière bleue. Les menus en anglais parlent de low blue light ou de low blue mode, pour la même famille de fonction.
Sur son efficacité, une source publique française existe, datée et consultable. Il s'agit du dossier de presse de l'Anses du 14 mai 2019, consacré aux effets sanitaires des systèmes à LED. L'agence y écrit que, pour les écrans revendiquant une limitation de l'émission de lumière bleue, « aucune efficacité réelle n'a été observée ».
Elle désigne en revanche deux leviers qui fonctionnent. La diminution de la température de couleur, autrement dit le passage au blanc chaud, et celle de la luminosité ont « montré une certaine efficacité sur la diminution de la quantité de bleu dans le spectre ».
De là vient un critère vérifiable en quelques secondes sur son propre écran. Le passage au blanc chaud se voit : l'image tire vers le jaune. Un réglage qui ne modifie pas la teinte affichée ne modifie donc pas la température de couleur.
Où se trouve le réglage et ce qu'il change à l'image
Le réglage se trouve dans le menu intégré de l'écran, celui qui s'ouvre avec les boutons ou le levier placé derrière la dalle. Il figure le plus souvent dans une rubrique de confort visuel, parfois sous forme de plusieurs niveaux d'intensité. Le choix reste enregistré dans l'écran, et s'applique donc à toute machine qui y est branchée ensuite.
Ce qu'il modifie est la répartition des couleurs primaires dans l'image affichée, donc la température de couleur, exprimée en kelvins. Plus cette valeur est basse, plus la lumière émise est dite chaude et pauvre en bleu. Une source à 2 700 K produit une lumière chaude, une source à 6 500 K une lumière froide.
Les mesures citées par l'agence situent les écrans dans le haut de cette échelle. Le document les décrit comme « particulièrement riche en bleu », entre 4 100 et 7 000 K. Cela vaut pour les téléviseurs, les ordinateurs, les téléphones mobiles et les tablettes. D'où l'effet visible du mode : il ramène vers le chaud un écran réglé froid, et le blanc de la page prend une teinte crème.
Les fiches produit nomment cette fonction de plusieurs façons, ce qui explique la difficulté à la chercher. L'Écran PC Bureautique 28 pouces IPS 4K UHD Blanc indique « Confort visuel : filtre lumière bleue et technologie anti-scintillement ». L'Écran PC Bureautique 28,2 pouces IPS 4K UHD+ annonce une « réduction de lumière bleue ». L'Écran PC Incurvé 34 pouces IPS UWQHD Blanc porte un « mode faible lumière bleue ».
Ces formulations désignent la même famille de fonction, sur les écrans qui la proposent, comme l'Écran PC Bureautique 28 pouces IPS 4K UHD Blanc. Les autres réglages d'un poste de travail sont traités dans notre article sur ce qu'un écran doit pouvoir régler.
Solution matérielle ou solution logicielle, la différence qui compte
Deux techniques distinctes portent le même nom commercial. TÜV Rheinland, organisme de certification qui délivre le label Low Blue Light, les décrit séparément sur sa page consacrée à cette certification.
La voie logicielle réduit la sortie des pixels bleus. Le procédé est simple. Il provoque une dominante jaune marquée et dégrade le rendu des couleurs. C'est le principe des modes nuit intégrés aux systèmes d'exploitation.
La voie matérielle agit sur le rétroéclairage. Elle passe par une évolution du matériau luminescent ou par une filtration ciblée. Elle vise la bande de 415 à 460 nanomètres, sans altérer le rendu de la même façon. La fonction est alors intégrée à la dalle, dont le fonctionnement est décrit dans notre article sur les technologies de dalle.
Un mode logiciel modifie ce que l'ordinateur envoie, un mode matériel modifie ce que la dalle émet. Les produits certifiés sont consultables dans la base de l'organisme, ce qui permet de vérifier une revendication au lieu de la croire sur parole.
Ce que le mode change, et ce qu'il ne change pas
Ce dossier de presse rend compte d'une expertise appuyée sur plus de 600 publications scientifiques et sur une campagne de mesures des moyens de protection vendus au grand public.
L'agence y confirme la toxicité de la lumière bleue sur la rétine. Elle relève des effets de perturbation des rythmes biologiques et du sommeil pour une exposition le soir ou la nuit, en particulier chez les enfants, et conclut que l'exposition avant le coucher aux écrans à LED enrichis en lumière bleue peut nuire à la durée et à la qualité du sommeil. Le moment de la journée pèse donc davantage que le nombre d'heures passées devant l'écran.
Sur les moyens de protection vendus au grand public, filtres, verres traités et lunettes, l'agence juge l'efficacité très variable selon les dispositifs. Aucune n'est démontrée contre une exposition à long terme ni contre le retard à l'endormissement. Les lunettes spécifiques filtrent davantage que les verres ophtalmiques traités, sans qu'aucun des deux soit jugé suffisant comme équipement de protection individuelle.
Sur les écrans qui revendiquent une limitation de leur émission, l'agence n'a observé aucune efficacité réelle. Le critère qui reste au lecteur est visuel : un mode qui laisse l'image inchangée n'a pas touché à la température de couleur.
Les modes nuit des systèmes d'exploitation relèvent de la voie logicielle décrite plus haut, avec la même réserve sur la bande mélanopique, celle des rythmes circadiens, où la capacité de filtrage varie fortement d'un dispositif à l'autre. La recommandation la plus directe du document ne porte sur aucun équipement : limiter l'exposition à la lumière riche en bleu avant le coucher et pendant la nuit.
Les deux réglages qui ont montré un effet
Deux réglages figurent dans le menu de tout écran de bureau, sans fonction spéciale ni logiciel ajouté. Ce sont les deux que l'Anses désigne. Ils ont montré une certaine efficacité sur la quantité de bleu dans le spectre.
La température de couleur se règle par un choix entre des préréglages nommés froid, standard et chaud, parfois par une valeur en kelvins. Le passage au chaud se constate immédiatement sur les zones blanches de l'écran. Le réglage fin est détaillé dans notre article sur régler les couleurs de son écran.
La luminosité se règle par rapport à l'éclairage de la pièce, et non dans l'absolu. Un écran poussé au maximum dans une pièce peu éclairée émet bien plus que nécessaire pour rester lisible. Baisser ce niveau réduit la quantité de lumière émise, donc la part de bleu qui en fait partie.
Ces deux réglages ont un avantage sur toute fonction dédiée : leur effet se constate à l'œil, sur-le-champ. Le niveau retenu reste une affaire de confort. Une image neutre sert le travail sur les couleurs, une image chaude convient mieux en fin de journée. Rien n'oblige à garder le même niveau du matin au soir, puisque le réglage se change en deux appuis sur le menu.